Mai
Des refuges et des sauts
Bonjour à toi,
C’est doux comme un mouton de te retrouver là, comment tu vas ?
Ce qui est formidable avec les ponts de mai, c’est que des personnes partent en laissant leur maison, avec, souvent, un chat qui ronronne dedans. Grâce à de belles âmes, j’ai pu habiter dans différents cocons pendant plusieurs jours. Ces refuges ont continué, longtemps après, à résonner en moi. Je ne les habitais plus, ils m’habitaient. On a dû beaucoup se donner mutuellement, j’y étais tellement entière, c’est resté dans les murs, dans ma chair.
Ce mois-ci, je suis revenue à la poésie, et j’ai beaucoup aimé le recueil d’Hortense Raynal, intitulé Abandons. J’avais déjà été touchée par son livre Bouche-fumier, au mois de février, tu t’en souviens ?
Poétesse performeuse travaillant la question de la ruralité, elle nous livre sa définition des refuges. Des refuges comme des sources, des espaces de respiration, des retrouvailles.
Depuis février, j’ai perdu deux refuges qui m’étaient très chers. Depuis, quand j’en rencontre un, je le serre doucement dans mes pensées, en espérant pouvoir, un jour, le retrouver.
Mes refuges peuvent être une chambre où dormir, un chat à caresser, les retrouvailles avec une amie, un livre où m’abriter, quelque chose ou quelqu’un qui me rassure, contre qui je peux me retrouver.
Et toi, quel est ton refuge ? Où te sens-tu habiter ?
Le plus beau des conseils pour écrire
Ce mois-ci, j’ai plongé. Dans l’écriture, dans les mots.
Grâce à la solitude qu’offre les abris, j’ai pu écrire, fébrilement. Je ne suis pas encore monté sur le plus grand des plongeoirs. Je vais y arriver, je ne perds pas espoir.
Plonger : c’est exactement ce que conseille Laurent Mauvignier, un écrivain très sensible et juste, que je vous invite vivement à découvrir. Dans son entretien Quelque chose d’absent qui me tourmente, que j’ai lu presque amoureusement, il dit :
si on veut écrire, il faut se décider un jour à sauter dans le vide
Un vertige peut arriver lorsque l’on choisit d’entrer en écriture, d’affronter l’écran blanc. C’est un moment décisif :
Vous êtes comme ça, accroché, prêt, vous avez le vide à quelques centimètres de vos pieds. Et l’espace énorme, gigantesque, qui est un gouffre, de cette question : tu sautes ou tu ne sautes pas ?
Une décision intime, intérieure, souvent secrète, vibrante au fond de soi.
Laura Vazquez, poétesse qui me bouleverse à chaque fois, reprend le même motif du saut dans son dernier recueil, L’idiote du village.
Elle y parle de ses pratiques d’écriture, de café en attente, de cailloux posés devant soi, d’enfance en marge.
tombe
le café aide
Des photos nous surprennent par leurs étranges beautés, et participent à nous laisser entrer dans l’univers de création de la queen poétesse.
Pour les personnes avides de conseils d’écriture ou intéressées par les coulisses des auteurices, ces livres sont pour vous !
La citation du mois
“On ne débat pas avec l’extrême droite”, l’injonction antifasciste est en vogue sur les réseaux sociaux et au sein de certains cercles militants. Mais elle demeure conceptuelle quand les forces réactionnaires s’invitent au bar, au travail, dans les espaces de sociabilité et jusque dans les cellules familiales.
La photo du mois
C’était à la Parole Errante (Montreuil), au merveilleux festival de littérature queer et féministe, le festival SLAP !
Je n’ai pas osé jouer au chamboule-tout, mais j’ai adoré l’idée.
Une histoire de clés
Image ici du site internet de Marielle Brie : ici.
Ce mois-ci, quatre jeux de clés différents se sont posés dans mes mains. J’ai pu entrer dans des espaces, y loger. Je le vois comme un geste d’amitié très fort, de confiance, d’hospitalité, et ça m’émeut beaucoup.
J’aime l’expression “c’est la clé !”, la clé du bonheur, par exemple. La clé, synonyme de sorties d’impasses. Une clé, ça ouvre. Ça élargit nos espaces. Bien sûr, elle peut aussi les fermer, rendre secret nos journaux intimes, nous aider à nous sentir en sécurité. Mais ce n’est pas cet aspect que je retiendrai du mois de mai. J’aimerais que les clés soient conçues pour ouvrir, et non pour fermer.
J’ai cherché l’histoire des clés, d’où elles viennent, et je suis tombée sur le site très riche et beau et instructif de Marielle Brie. J’ai été fascinée par les différents modèles de clés. J’ai rêvé en lisant ce proverbe chinois partagé :
« La porte la mieux fermée est celle qu’on peut laisser ouverte »
Depuis juillet 2024, je n’ai pas de clés qui m’appartiennent vraiment. Quand j’en aurais une, on ouvrira toutes les fenêtres ensemble. On ouvrira la porte.
Je t’embrasse,
Lou










